|
Le voyage
de Chihiro (Sen to Chihiro kamikakushi), de Hayao
Miyazaki (2001)

Après le succès
amplement mérité de Princesse Mononoke
en France, et même dans le monde, il aurait été
impensable que personne ne songe à importer Le
Voyage de Chihiro, du même auteur, en Occident.
Le pari pris fut largement remporté, ce dessin-animé
s'étant classé très confortablement au box-office,
enfonçant au passage davantage les préjugés
malheureusement trop présents sur l'animation nippone.

Hayao Miyazaki, auteur
et réalisateur, décida de changer de registre avec
Le Voyage de Chihiro. Alors que Princesse
Mononoke se déroule dans un pseudo Moyen-Age
japonais, Chihiro se situe, lui, dans un contexte plus contemporain.
L'histoire met en scène une famille japonaise, dont Chihiro,
pleurnicheuse et Ô combien capricieuse, est la fille unique.
Cette famille se retrouve, suite à une série d'événements
hasardeux, dans un village apparemment abandonné.
De fil en aiguille, Chihiro se verra perdue sur une île
étrange accueillant des dieux dans un "Palais de Bain"
aux allures typiquement japonaises.

Le film nous plonge donc
dans un univers mystérieux, surprenant, captivant, où
l'on nous sert sans complexe des monstres et des personnages tous
aussi fascinants les uns que les autres.
Le ton est donné et certains pourront même prétendre
que Chihiro est une adaptation très libre du Alice
aux Pays des Merveilles de Walt Disney (1950), lui-même
tiré du livre éponyme de Lewis Carrol. Il faut reconnaître
que cette affirmation n'est pas fausse. Mais il ne s'agit ici
heureusement pas d'un remake, même si l'histoire pourrait
le faire penser.
Comme
tous les films de Miyazaki, Le Voyage de Chihiro
nous apporte son lot de surprises et de réflexions.
Parmi celles-ci, on pourra noter la présence d'une divinité
récurrente parmi les croyances japonaises, Sans-Visage,
qui attire ses victimes en leur promettant monts et merveilles
afin de mieux les dévorer. Dans Le Voyage de
Chihiro, Sans-Visage cherche désespérément
quelque chose, mais on ne sait quoi. Toujours est-il que ce dernier
est attiré par Chihiro et lui propose sans cesse des pépites
d'or en échange d'une chose que lui seul connaît...
Chacun pourra interpréter ceci comme il le voudra, mais
force est de constater que ce film amène à réfléchir.
 
Autre réflexion,
et pas des moindres, celui du passage de Chihiro de l'enfance
à l'âge "adulte". Pleurnicheuse et insupportable
au début du film, elle finit par se prendre en mains par
amour pour ses parents afin de les sauver. Le titre du film prend
alors une autre signification : il ne s'agit pas seulement d'un
voyage physique, mais également d'un voyage de spirituel
("Spirited Away", titre américain), voyage dont
le terme aboutira à une nouvelle Chihiro, différente
et mature.

Techniquement, Le
Voyage de Chihiro est loin d'être médiocre.
C'est superbe et riche en couleurs, très agréable
pour les yeux. Inutile donc de s'éterniser sur ce point.
En revanche, arrêtons-nous un instant sur la bande son.
En effet, les musiques de ce film, composées de mains de
maître par Joe Hisaishi, sont sans doute les meilleures
entendues dans d'un dessin-animé. Surpassant sans problèmes
les somptueuses mélodies de Princesse Mononoke,
celles du Voyage de Chihiro nous transportent
dans un autre monde, laissant le piano évoquer une Chihiro
perdue dans une prairie orchestrale de toute beauté.
Certains thèmes sont même extrêmement opposés,
passant d'une mélodie dans le plus pur style français
à une autre dont les consonances sont typiquement japonaises.

Le Voyage
de Chihiro est donc un film exceptionnel qui se
hisse parmi les plus beaux, tous styles confondus ; une expérience
fantastique et très enrichissante, qui permettra aux enfants
occidentaux de découvrir le Japon et ses merveilles autrement
que par des niaiseries comme Pokemon,
a contrario dégradant pour une animation nippone qui peut-être,
comme avec Le Voyage de Chihiro, source
de beauté, d'intelligence et de découvertes.
Yaku
|