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Come drink
with Me, de King
Hu, avec Cheng
Pei-pei (1966)

Afin de faire liberer
leur chef, une bande de brigands enlève le fils du gouverneur.
Pour mener les négociations, celui-ci dépêche
sur place sa propre fille, la redoutable Golden Swallow. La rencontre
entre les deux partis se tient au sein d'une auberge, pour ce
qui ressemble a un périlleux traquenard pour l'émissaire
du gouverneur.
 
Historiquement parlant,
Come drink with Me marque le début
de l'ère du wu xia pian mandarin, dont la Shaw Brothers
va bientot inonder le public hongkongais. Et a la vision du film,
on en saisit mieux les raisons! Car en dépit de son ancienneté,
Come drink with Me demeure toujours
aussi moderne et aussi éblouissant.
Tous les éléments qui feront la réputation
du film de sabre mandarin y sont d'ores et déjà
présents, et ce en dépit de l'influence encore présente
du film de samouraï : des combats enfin réalistes,
des cascades et des acrobaties époustouflantes, des costumes
fidèles a leur époque, des décors grandioses,
un usage plus ou moins exagère d'effets gore.
A tout cela s'ajoute la touche King
Hu, reconnaissable entre toutes et inimitable. On pense a
ces personnages ambigus, aux motivations incertaines, arborant
plusieurs visages, et qui viennent tout droit de l'Opéra
de Beijing. C'est également ces révélations
et ces rebondissements qui parsèment l'intrigue, et qui
font mentir ceux qui prétendent que les films d'arts martiaux
n'ont pas ou peu d'histoires a raconter.
Et puis, comment ne pas mentionner la direction des combats même
du maître, dont la précision et le dynamisme annoncent
déjà celle de Liu Chia-liang ?

Le tout forme un cinéma
d'une extraordinaire richesse a partir duquel tous, de Chang
Cheh (The One-armed Swordsman (1967))
à Ang Lee (Crouching
Tiger, Hidden Dragon (2000)), en passant par
Chu Yuan (Magic Blade (1976)), finiront
par puiser. Mais un des plus grands plaisirs de Come
drink with Me réside dans la présence
irrésistible de Cheng
Pei-pei. Guerrière impitoyable et indestructible au
début du film, elle révèle peu a peu sa féminité
et sa fragilité, avant finalement de sauver la mise, l'épée
a la main. Pas étonnant qu'un tel rôle et une telle
prestation aient marque aussi durablement Ang Lee !

Non content de signer
ici le premier chef-d'oeuvre du genre (et il en fera d'autres!),
King Hu se permet
même au passage de jeter les bases du futur fantastique
hongkongais, avec ces moines bouddhistes qui se battent en projetant
des flux d'énergie ! Décidément, cet homme-là
était en avance sur son temps.
Danguyen
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