King HU (HU Jinquan)
né a Beijing (1932-1997) - realisateur
Dans le paysage cinematographique
hong-kongais, King Hu fait figure tout a la fois d'enigme,
d'exception et de paradoxe. S'il est toujours actuellement
un des realisateurs d'arts martiaux les plus respectes et
les plus adules, ses films n'ont que rarement rencontre le
succes.
Reference en matiere
de wu xia pian (film de sabres), King Hu avoue pourtant
ne rien connaitre ni ne rien comprendre aux arts martiaux,
plus particulierement au kung fu, c'est-a-dire au combat a
mains nues. Tournant exclusivement en mandarin, il suffit
de voir Raining in the Mountain, probablement
son chef-d'oeuvre absolu, pour comprendre la difference entre
cinema mandarin et cinema cantonais. Dotes de plus de moyens
(meilleurs costumes, meilleurs decors), plus subtils, voire
plus nobles (le mandarin etant la langue officielle de la
Chine), les films mandarins ont longtemps ete preferes par
les spectateurs d'Asie du Sud-Est aux films cantonais. Et
alors qu'il officiait dans une industrie, qui plus est dans
un genre, on ne peut plus machiste, King Hu a tout a long
de son oeuvre mis la femme au premier plan, imposant et consacrant
des actrices telles que Cheng
Pei-pei et Xu Feng.

Pourtant, les films
de King Hu ne traitent jamais du desir sexuel, sauf pour Legend
of the Mountain, dans lequel Xu Feng y interprete
un fantome devant seduire un jeune etudiant afin de retrouver
forme humaine: A Chinese Ghost Story n'est pas
loin. A la sortie de Crouching Tiger, Hidden Dragon
(Tigre et Dragon), tous les critiques americains y
ont vu un hommage aux films des Shaw brothers. Erreur: Crouching
Tiger, Hidden Dragon puise l'essentiel de son inspiration
chez King Hu. La jeunesse de King Hu est marquee par l'Opera
de Pekin, dont il etait a la fois un eleve (a la fin des annees
40) et un spectateur assidu. L'influence de ce medium sur
ses films est fondamentale, certains d'entre eux, tels The
Fate of Lee Khan ou Anger, en etant
des adaptations. Originaire de Beijing, c'est tout naturellement
les arts martiaux du Nord de la Chine (predominance des techniques
de jambes) que l'on voit dans ses films. Mais pas tout fait
sa version authentique, mais plutot une version proche de
l'Opera de Pekin, plus esthetique aux yeux de King Hu. Devant
la popularite des films de sabres japonais, les Shaw brothers
decident en 1966 de lancer la version chinoise du genre, qui
trouve son inspiration dans les romans d'arts martiaux traditionnels
chinois.
C'est dans ce contexte
que King Hu realise donc pour les Shaw Come drink with
Me, un huis-clos prenant place dans une auberge, avec
Cheng Pei-pei dans le role principal. Le succes de ce dernier,
couple a celui de The One-armed Swordsman de
Chang Cheh, impose au
cinema local les nouvelles normes du wu xia pian mandarin,
un genre qui dominera l'industrie jusqu'a l'eclosion de Bruce
Lee cinq ans plus tard. Malgre ce succes, King Hu se brouille
avec les Shaw, et s'en va a Taiwan, ou il tourne Dragon
Gate Inn, a un nouveau huis-clos dans une auberge.
C'est le second et dernier succes commercial de King Hu. Cependant,
avec A Touch of Zen, qui traite de la lutte
contre les espions imperiaux pendant la dynastie Ming, King
Hu obtient enfin un semblant de reconnaissance internationale,
remportant le prix de la Commission Superieure Technique lors
du festival de Cannes de 1975. Le film permet de decouvrir
la superbe Xu Feng, l'actrice la plus recurrente de l'oeuvre
de King Hu.
Lorsque ce dernier
revient a Hong-Kong en 1974, c'est sous l'egide de la Golden
Harvest qu'il travaille. Il signe son retour avec The
Fate of Lee Khan qui met en scene la lutte de patriotes
chinois face aux envahisseurs mongols. On y retrouve une nouvelle
fois Xu Feng, aux cotes de laquelle evolue Angela Mao. Quatre
ans plus tard, King Hu atteint le sommet de son art avec Raining
in the Mountain. Tourne dans un temple bouddhiste
en Coree, Raining in the Mountain raconte la
competition que se livrent plusieurs voleurs afin de derober
au sein d'un monastere bouddhiste un precieux parchemin. Xu
Feng y interprete un personnage particulierement habile dans
l'art du vol et dans les arts martiaux. Une intrigue qui rappelle
un certain Crouching Tiger, Hidden Dragon.
A partir de la, la
carriere de King Hu commence a s'essoufler, malgre l'acceuil
critique favorable de All the King's Men. Enrole
par Tsui Hark pour Swordsman,
King Hu connait en cours de tournage des problemes de sante
qui l'obligent a laisser sa place de realisateur. Le film
est alors complete par Tsui
Hark et le fidele lieutenant de ce dernier, Ching Siu-tung.
Article
de Danguyen