LIU
Chia-liang
ou LAU Kar-leung (LIU Jialiang) -realisateur/acteur/directeur
de combats -
ne en 1935 a Guangzhou
Contrairement
a un Chang Cheh ou a un King
Hu, Liu Chia-liang n'ignore rien du kung-fu. Car avant d'etre
probablement le plus grand realisateur de films de kung-fu, Liu
Chia-liang est surtout un authentique maitre en arts martiaux
chinois.
C'est au sein de sa propre cellule familiale qu'il apprend le
kung-fu, son pere et sa mere etant respectivement de l'ecole Hong
et Wing-Chun. Le reve de tout artiste martial qui se respecte!
Liu Chia-liang est donc un representant du kung-fu dans sa version
Sud (predominance des techniques de poings). Detail amusant :
son pere, Liu Zhan, etait eleve de Lin Shirong, qui fut lui-meme
eleve de Wong Fei Hung (le vrai) !
A l'age de 15 ans, Liu Chia-liang commence ses premieres figurations
dans le cinema hong-kongais, a une epoque ou le kung-fu tel qu'il
est montre a l'ecran ressemble a tout sauf a du kung-fu. Et pour
cause : les acteurs principaux n'entendent rien aux arts martiaux,
et les veritables pratiquants comme Liu Chia-liang sont alors
relegues au second plan.
Les evenements prennent une tournure differente a partir de la
serie des Wong Fei Hung, a laquelle
tout le clan Liu, ainsi que d'autres acteurs-pratiquants, participe.
Aussi le pere Liu Zhan interprete-il son propre maitre Lin Shirong,
alors que les freres Liu Chia-liang et Liu Chia-yung tiennent
des roles plus secondaires. Montrant pour la premiere fois au
cinema du veritable kung-fu, la serie (longue de plus de 80 films!)
remporte un vif succes, et permet au cinema cantonais de s'affirmer,
a une periode ou le cinema mandarin jouit d'un prestige encore
inegale. Mais dote d'un physique plutot ingrat, Liu Chia-liang
ne tarde pas a passer derriere la camera. Il dirige ainsi ses
premiers combats pour South
Dragon, North Phoenix (1963).
Mais c'est avec The Jade Bow (1966), un
film.mandarin, qu'il realise son premier coup d'eclat. Melant
pour ce wu xia pian
(film de sabres) kung-fu authentique et techniques d'effets speciaux,
le film emporte l'adhesion du public. Du coup, la Shaw Brothers
l'engage de suite, et Liu Chia-liang devient des lors, en compagnie
de Tang Chia, le directeur de combats de Chang
Cheh. Reglant les combats des plus grands films de ce dernier,
le duo
Chang Cheh-Liu Chia-liang regne sans partage sur le box-office
local durant l'age d'or du wu
xia pian mandarin, qui se situe durant toute la seconde moitie
des annees 60.
Cet age d'or prend brusquement fin avec l'avenement de Bruce
Lee, qui impose des lors la suprematie du combat a mains nues.
La mort de ce dernier marque le debut de la crise du cinema martial.
Cherchant desesperement a renouer avec le succes, Chang
Cheh demande conseil a Liu Chia-liang. Ce dernier lui suggere
l'exploitation des legendes du Temple de Shaolin, tradition dont
Liu Chia-liang est un pur produit. Ainsi sont realises les classiques
du genre que sont Men
from the Monastery (1974), Heroes
two (1974) ou Five
Shaolin Masters (1974). Mais en depit des efforts des
deux acolytes et de la qualite de leurs films, le succes n'est
toujours pas au rendez-vous. Brouille avec Chang
Cheh sur le tournage de Marco
Polo (1975) et decourage par l'insucces, Liu Chia-liang
songe alors a quitter le cinema et la Shaw Brothers, et a partir
enseigner le kung-fu aux USA.
C'est alors que la Shaw Brothers lui propose de mettre en scene
ses propres films de kung-fu. Et c'est en prenant le contre-pied
de son mentor Chang Cheh
que Liu Chia-liang va litteralement sauver le cinema d'arts martiaux.
Car le cinema de Liu Chia-liang est bien plus que de la technique
martiale parfaite servie par une realisation virtuose. La ou Chang
Cheh insiste sur l'heroisme et l'amitie virile, Liu Chia-liang,
lui, prefere l'humour, comme dans sa premiere realisation The
spiritual Boxer (1975). Il engendre ainsi un nouveau sous-genre
du cinema de kung-fu, a savoir la comedie kung-fu, un genre qui
fera bientot la gloire d'un certain Jackie
Chan. Fidele a la morale que lui a enseigne le kung-fu, Liu
Chia-liang evite les massacres qu'affectionne tant Chang
Cheh,
et prefere preserver la vie, ce qui signifie vaincre sans tuer
(Shaolin challenges Ninja-1978) ou faire se repentir un criminel
(Challenge
of the Masters-1976).
Eleve dans la tradition du kung-fu Shaolin Sud, c'est tout naturellement
que Liu Chia-liang met en scene certaines des legendes qu'il connait
par coeur. A ce titre, The
36th Chamber of Shaolin (1978) doit se regarder
comme un veritable documentaire, une reconstitution fidele de
l'entrainement quotidien des mythiques moines de Shaolin. Autre
source d'inspiration pour Liu Chia-liang: sa propre vie. Ainsi,
The
Executioners from Shaolin (1977) raconte non seulement
l'histoire de la boxe Hong (ecole dont est issu le pere du realisateur),
mais il illustre egalement le conflit de parents issus d'ecole
differente (le Tigre pour le pere et la Grue Blanche pour la mere
dans le film) a propos de l'education martiale des enfants, situation
dont Liu Chia-liang a lui-meme fait l'experience. Ce film montre
egalement la rivalite entre les ecoles au sein meme du couple,
comme le fait egalement Shaolin
challenges Ninja. Autre theme recurrent chez Liu Chia-liang:
le lien maitre-eleve, qu'il voit de facon orthodoxe, comme dans
Challenge
of the Masters.
Tous ces ingredients constituent le cinema de Liu Chia-liang,
qui n'est pas simplement technique, mais qui se veut egalement
epique et moral. Afin de faire passer son message, il laisse la
plupart du temps le premier role a son frere (adoptif) et eleve
Liu Chia-hui, se contentant pour sa part de jouer des seconds
roles, comme celui du maitre ivrogne dans Shaolin
challenges Ninja ou celui du brigand dans Challenge of the Masters.
Ainsi, dans cette seconde partie des annees 70, Liu Chia-liang
ressuscite le cinema de kung-fu, renouant avec le succes populaire
et signant, avec des oeuvres tels que The Executionners from Shaolin,
Shaolin
Mantis (1978) et Shaolin
challenges Ninja, des films qui figurent parmi les
tout meilleurs du genre. Cependant, la carriere de Liu Chia-liang
connait un coup d'arret en 1979, ou pour la premiere fois, ses
films, Dirty Ho et Mad
Monkey Kung-Fu, sont exclus du Top Ten hong-kongais, et
ce malgre l'extraordinaire qualite de Dirty
Ho. Cet insucces marque le debut d'une nouvelle ere dans
le cinema hong-kongais. Car a ce moment-la, les studios Shaw ne
tiennent plus que grace aux films de Liu Chia-liang. Ce dernier
commencant a vaciller sur son trone, et c'est tout l'edifice Shaw
qui entame son effondrement. Tout cela alors que la carriere de
Jackie Chan prend des lors son veritable envol. Liu Chia-liang
semble avoir beaucoup moins de choses a dire. L'homme a change
: il n'hesite plus a present a jouer les premiers roles, comme
pour Mad Monkey Kung-Fu. Dorenavant,
son oeuvre devient irreguliere, le bon (Legendary Weapons of Kung-Fu-1982)
alternant avec le moins bon (The
8-Diagram Pole Fighter (1984), aussi sombre et sanglant
qu'un Chang Cheh). The 8-Diagram Pole Fighter,
a l'echec cuisant, sonne le glas de la Shaw Brothers en tant que
studio de cinema, et les Shaw se tournent des lors vers la production
televisuelle.
Malgre
tout, Liu Chia-liang demeure le maitre inconteste du cinema
de kung-fu. C'est donc tout naturellement a lui que la Chine
continentale fait appel pour mettre en scene le troisieme volet
de la trilogie Shaolin, dont l'interprete principal est un denomme
Jet Li. Par l'emploi
d'un expert en styles traditionnels, l'idee est alors de rendre
(martiallement parlant) credibles des pratiquants rompus au
wushu, style de kung-fu moderne qui mele kung-fu traditionnel,
gymnastique et Opera de Beijing, et dont la finalite n'est pas
le combat. Enthousiasme a l'idee de tourner dans d'immenses
decors naturels (par opposition aux decors artificiels de la
Shaw Brothers), Liu Chia-liang va finalement voir ses espoirs
decus. La collaboration ne se passe pas aussi bien que prevu,
en raison probablement des oppositions ancien/moderne et Chine
Populaire/Hong-Kong. Mettant en scene la rencontre Shaolin Nord/Shaolin
Sud, Martial
Arts of Shaolin (1986) se revele tout de meme etre le
meilleur episode de la serie, meme s'il se situe tres en dessous
des meilleurs films du maitre.
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Article de
Danguyen
Filmographie
de Liu Chia-liang >>>
Ce que Liu Chia-liang dit de Bruce Lee et de Jet Li >>>
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