Chang
Cheh est incontestablement une des figures majeures du cinema
d'arts martiaux. Quantitativement, il a realise (ou co-realise)
plus d'une centaine de films. Qualitativement, il a engendre
deux sous-genres capitaux du cinema d'arts martiaux, le
film de sabre mandarin et le kung-fu de Shaolin. Les films
de Chang Cheh se caracterisent par un usage abondant du
sang (les personnages eventres se contorsionnent, grimacent,
avant finalement de tomber, mourrant
dans d'atroces douleurs) et par le theme frequent de l'amitie
virile.
En
effet, dans les films de Chang Cheh, la femme n'occupe qu'une
place mineure, reduite le plus souvent au role de victime
ou d'epouse devouee, d'ou une reputation de mysogyne, voire
d'homosexuel, de la part de Chang Cheh.
Autre caracteristique et qualite du cinema de Chang Cheh
: sa capacite (du moins jusqu'a son declin) a creer des
stars, telles Wang
Yu, David Chiang, Ti
Lung, Chen Kuan-tai ou Fu Sheng. Mais si les themes
et les scenario
des films de Chang Cheh sont propres a ce dernier, il n'en
est pas de meme de ses combats, qui doivent beaucoup si
ce n'est tout a leurs choregraphes, c'est-a-dire Tang Chia
et surtout Liu Chia-liang. A tel point que Chang Cheh beneficie
d'une reputation d'usurpateur. Cette rumeur est au moins
en partie justifiee, quand on sait par exemple qu'en 1972-1973,
Chang Cheh a signe ou co-signe 17 films: il est tout bonnement
impossible de tourner autant de films en si peu de temps,
meme a Hong-Kong ! D'autre part, la carriere de Chang
Cheh commence a decliner a partir du moment ou Liu Chia-liang
se brouille avec lui et le quitte pour realiser ses propres
films.
C'est au milieu des annees 60 que les freres Shaw, constatant
la popularite des films de samourai japonais aupres du public hong-kongais, demandent a Chang
Cheh de produire des films dans la meme veine, qui mettraient
l'accent sur l'heroisme chinois. Pour illustrer cet
heroisme, Chang Cheh a donc recours au sang, partant du
principe qu'un veritable heros, meme blesse, doit toujours
continuer a se battre. Le succes dans tout le Sud-Est asiatique
de The
One-armed Swordsman (1966), presentant un heros
manchot et mettant en vedette Wang Yu, impose les normes
d'un nouveau wu xia pian (film de sabres) mandarin, au budget plus consequent,
aux costumes et aux decors plus beaux, s'appuyant sur la
tradition litteraire du roman d'arts martiaux chinois.
L'impact de The One-armed Swordsman
est tel qu'il transforme completement l'industrie cinematographique
hong-kongaise, tournee dorenavant quasi exclusivement vers
le cinema d'arts martiaux, et ce 15 ans durant, jusqu'a
l'avenement de la Nouvelle Vague, dont le chef de file sera
Tsui Hark. Le film permet
aussi de reveler en Wang
Yu une des plus grandes stars du cinema de Hong-Kong.

Lorsque
ce dernier en 1970 quitte Chang Cheh et la Shaw Brothers,
le premier cite lance alors le duo David Chiang-Ti
Lung.
En 1970-1971, le trio Chang Cheh-David Chiang-Ti Lung place
9 films parmi les 20 meilleures entrees de Hong-Kong.
Cette hegemonie sera mise a mal en 1971 par un certain Bruce
Lee, dont le Big
Boss termine a la premiere place du box office,
loin devant le Duel
of Fists du trio magique. Le glas du film de sabres
a sonne, place au film de kung-fu avec ses combats a mains
nues. Pour preparer sa parade a Bruce
Lee, Chang Cheh demande alors conseil a son directeur
de combats Liu Chia-liang. Ce dernier lui suggere de montrer
au public le veritable kung-fu (par opposition a la boxe
de Bruce
Lee,
qui etait en fait une synthese de differents arts martiaux
non necessairement chinois), qui serait illustre par les
legendes du Temple de Shaolin.
Ainsi nait le kung-fu de Shaolin en tant que sous-genre
du cinema d'arts martiaux. En 1974 sort
Five Shaolin Masters, avec
une dream team composee de David Chiang, Ti
Lung,
Fu Sheng et Chi Kuan-chun (et accessoirement l'inconnu Meng
Fei, le cinquieme maitre donc), qui raconte l'epopee authentique
des 5 survivants de l'incendie en 1736 du celebre monastere
par l'occupant manchou.
La meme annee, Shaolin Martial Arts, ou
le heros doit maitriser la technique du "coup de poing
sans recul" (!) afin de defaire un adversaire rendu invulnerable
par l'emploi du "vetement de fer" (!!), remporte un tres
vif succes, en depit de son caractere pour le moins mystique.
Mais c'est avec The Disciples of Shaolin (1975), avec Fu Sheng et Chi Kuan-chun,
que Chang Cheh est a l'apogee de sa carriere et de son art.
The
Disciples of Shaolin represente aussi le dernier
grand film realise par le duo Chang Cheh-Liu Chia-liang,
ce dernier le quittant peu apres. La carriere de Chang
Cheh se met alors a decliner inexorablement. Ce dernier
tente bien de lancer de nouveaux acteurs, mais a ce moment-la,
meme sa faculte a decouvrir de nouveaux talents semble l'avoir
abandonne. Chinatown
Kid (1977), avec Fu Sheng, constitue sa derniere
reussite.
Article
de Danguyen