|

GUNMEN (idem- Kara ), de Kirk Wong
avec Tony Leung Ka-fai, Adam Cheng, Waise Lee et David Wu (1988)

A son retour de la guerre civile, Tony Leung retrouve une épouse aimante et une fille qui ne le reconnaît pas. Sans le sou, il rencontre dans sa galère Elisabeth Lee et immédiatement, une relation pour le moins ambigüe s'installe entre eux.
Tony Leung décide finalement de s'engager dans la police corrompue du Shanghai des années 20. Il doit alors livrer une autre guerre, cette fois-ci aux impitoyables trafiquants d'opium, et plus précisément à Adam Cheng.
Etonnante coincidence, ce dernier était également celui qui durant la guerre civile commandait avec ignominie le camp ennemi de Tony Leung. Ce face-à-face policiers-truands ne tarde donc pas à prendre des allures de réglement de comptes personnels entre Tony Leung et Adam Cheng. Le premier est bientôt rejoint par ses trois anciens frères d'armes (Waise Lee, David Wu, et Mark Cheng), tous quatre formant dès lors un quatuor d'incorruptibles decidés à aneantir Adam Cheng et son gang.
 
Nulle part ailleurs qu'à Hong-Kong sans doute un film tel que Gunmen n'aurait pu être confectionné, tellement le film parvient sans fausses notes à amalgamer le film d'action décapant et le mélodrame larmoyant. Réalisateur connu seulement des fans les plus avertis, Kirk Wong nous livre des scènes d'action époustouflantes, souvent délirantes et méchantes : un sadique continue de tabasser un homme brûlant vif, une horde de fous furieux donne l'assaut avec révolver dans une main et hachette dans l'autre, un flic pourchassé se sert de tout l'attirail du pêcheur (!) comme d'un arsenal (!!).

Véritable western chinois, Gunmen abonde en fusillades qui rappellent furieusement Walter Hill (surtout lors du final qui n'est pas sans rappeler The long Riders (1980) de ce dernier): plan du tireur puis de sa cible, utilisation répétée du ralenti.Kirk Wong ne s'embarrasse pas de scènes d'exposition à rallonges et va directement à l'essentiel, que ce soit pour l'action ou le mélo.
En effet, malgré toute cette violence, souvent jouissive et rarement nauséabonde, Kirk Wong parvient aussi a émouvoir son public avec son triangle amoureux (oubliez Enemy at the Gates (2001) ou Pearl Harbor (2001), si lourds et si previsibles dans leur deroulement). Là encore, Kirk Wong évite toutes fioritures inutiles : par des scènes simples et directes, parfois même cliché, mais qui sonnent si vrai, il parvient tout à fait à exprimer la douleur ressentie par les protagonistes (surtout par les femmes en fait) de ce triangle. Et comme dans tous les grands films, le tout se terminera en une véritable tragédie.

Du côté des acteurs, on ne manquera pas d'apprécier comme il se doit la performance d'Adam Cheng ( Zu, Warriors from the magic Mountain (1983)), qui interprète ici un méchant psychotique et odieux comme on en voit rarement, même à Hong-Kong ! Cela est d'autant plus remarquable qu'on était plutôt habitué jusque-là à le voir dans des rôles de bons.
Autre curiosité de la distribution : la présence parmi les quatre super-flics de David Wu, monteur du film-même, mais plus généralement parlant monteur attitré de John Woo (du moins tant que celui-ci exercait encore à Hong-Kong). Injustement méconnu (il n'y en a que pour .John Woo !), Gunmen demeure pourtant un des fleurons du polar hong-kongais.
Danguyen

 
|