|
Titre français
: le smoking
 
De
jour en jour, la notoriete de Jackie
Chan aux Etats-Unis ne cesse de se confirmer. Considere comme
une veritable star hollywoodienne, il y est present partout, depuis
cette institution qu'est le Saturday Night Live sur la chaine
NBC jusqu'au terrain de baseball des Red Sox de Boston, en passant
par la pub anti-tabac. Recemment encore, le magazine People l'a
elu parmi les cent plus grandes stars actuelles du cinema americain
!
Est-il besoin de preciser qu'il a ete le seul asiatique a recevoir
un tel honneur ? Deja la plus grande vedette que l'Asie ait jamais
connue, Jackie
Chan a sans doute deja atteint aux Etats-Unis, et meme probablement
dans le reste du monde, un statut auquel meme Bruce
Lee n'aurait ose rever

Pourtant, en dehors
des deux Rush Hour (1998 & 2001),
ses films n'ont jamais ete aux Etats-Unis de veritables succes
populaires et, en termes de billeterie, Jackie
Chan est en fait la-bas au coude-a-coude avec Jet
Li.
De meme, si l'on excepte Rush
Hour 2, ses films
americains l'ont toujours employe tres en deca de ses reelles
possibilites, si bien que ses veritables fans, ceux de ses films
hong-kongais, n'y ont jamais trouve leur compte. A ce titre, The
Tuxedo (2002) illustre parfaitement cette sous-(ou
mauvaise) exploitation de Jackie
Chan par Hollywood.
Dans The
Tuxedo, Jackie
Chan interprete un gars ordinaire, ne connaissant absolument
rien aux arts martiaux, qui devient James Bond (il s'appelle dans
le film James Tong: Ha! Ha!.) en enfilant un smoking qui, grace
a sa technologie (plus vraisemblablement par magie, une telle
prouesse technique relevant de la pure fantaisie), lui confere
de multiples talents (bagarre, tir, dance, etc.). Comme on peut
le voir, l'argument en lui-meme de The Tuxedo
est deja n'importe quoi.

Contrairement a la plupart
des Jackie
Chan, The Tuxedo n'est non
pas une comedie d'action, mais une comedie tout court. En ce sens,
le film se rapproche davantage d'un Austin Powers (1997, 1999,
et 2001) que d'un Police
Story 3 (1993). La chose pourrait encore demeurer
interessante si elle etait le fruit de Jackie
Chan en personne. Helas,
il s'agit la d'une comedie dans le plus pur style americain, avec
ses gags que l'on voit venir de tres loin et dont les "meilleurs"
se situent systematiquement en dessous de la ceinture.
Avec son Jackie
Chan grimacant et gesticulant dans tous les sens, The
Tuxedo n'arrange en rien la reputation de clown
de ce dernier. Utilise comme simple gadget dans une production
qui va egalement chercher son inspiration dans le comic-book,
et notamment dans Batman, Jackie
Chan y est aussi maitre de ses faits et gestes que
son personnage dans le film. Ultime signe de l'americanisation
de la star hong-kongaise: il se fait aujourd'hui le defenseur
de l'Amerique, dans un film visiblement tres marque par le 11
septembre.
 
Certes, Jackie
Chan nous gratifie de temps a autres de quelques bribes
de ce kung-fu et de ces acrobaties qui ont faconne sa reputation.
Moins rapide qu'a l'epoque de Police
Story (1985), Jackie
Chan le demeure neanmoins encore trop pour le realisateur
Kevin Donovan, dont c'est ici le premier film !
La production a apparemment juge qu'il n'etait pas necessaire
de faire appel a un realisateur chevronne, encore moins hong-kongais,
pour filmer les performances physiques de Jackie
Chan.
Que ce soit pour les Rush Hour ou pour
Shanghai Noon (2000), Jackie
Chan a toujours ete associe dans les productions americaines
a des acteurs americains: la confiance qu'a Hollywood en lui a
ses limites.
La nouveaute de The Tuxedo, c'est qu'on
lui assigne cette fois-ci une partenaire, la delicieuse Jennifer
Love Hewitt (Souviens-toi l'Ete dernier
- 1997). Evidemment, il ne faut pas s'attendre a ce que quoi que
ce soit se passe entre eux deux, et ce pour essentiellement deux
raisons: 1) les media americains ne sont pas pres de montrer un
asiatique embrasser une blanche americaine, et 2) on a affaire
a un Jackie
Chan, donc ni sexe (pas meme d'allusion), ni langage
deplace.

Encore moins a sa place
dans The Tuxedo que Jackie
Chan, Jennifer Love Hewitt concurrence ce dernier pour
le grotesque et pour les coups de savate (en effet, les femmes
qui distribuent des coups de pieds sont actuellement tres populaires
dans les series et dans les films americains).
De plus, sa presence aux cotes de Jackie
Chan assene aux fans de celui-ci une realite aussi
cruelle que triste : leur acteur prefere se fait decidement vieux.
On ne saurait donc trop recommander a ces fans de s'epargner une
trop grande deception a la vision de The Tuxedo
et de plutot reviser leurs classiques, genre Drunken
Master (1979)ou Armor of God
(1986).
Danguyen
|