En français
: Le Baiser Mortel du Dragon (sortie 1er août 2001 en
France)
En
dépit d'un score honorable de 55 millions $ au box office
américain, Romeo must die était le type
même du film américain d'une star hong-kongaise (si
l'on excepte Enter the Dragon - Opération
Dragon avec Bruce Lee) : une action gâchée par son
américanisation et une narration insipide. Au final,
les fans de Jet Li (déjà acteur-culte aux Etats-Unis
par le biais de la vidéo pirate depuis quelques années)
restaient encore sur leur faim, alors que les néophytes
se montraient peu convaincus.
Après avoir
refusé de jouer dans Crouching Tiger, Hidden Dragon
- Tigre et Dragon (pour incompatibilité d'emploi
du temps), son rôle échouant finalement a Chow Yun-fat,
ainsi que dans les séquelles de Matrix
(pour salaire insuffisant), Jet Li avait-il laissé passer
la chance de devenir presque 30 ans après le nouveau
Bruce Lee ?

Ne trouvant
aucun projet valable aux États-Unis, Jet Li et son agent
se tournent vers Luc Besson et la France. Sur une idée
originale de Jet Li, Besson produit et co-écrit (avec
Robert Mark Kamen, scénariste de la série des Karate
Kid), ce Kiss of the Dragon. C'est
le débutant Chris Nahon, jusque-la réalisateur de pubs,
qui s'attelle a la mise en scène.

Si Romeo
must die était sorti dans l'anonymat, Kiss
of the Dragon bénéficie en revanche d'une couverture
médiatique plus importante. Ainsi, Entertainment
Weekly (la bible hebdomadaire américaine des spectacles),
le week-end de sa sortie, y va de son article sur Jet
Li et d'une critique (Kiss of the Dragon
étant le film de la semaine) plutôt bonne (le film s'en
tire avec la note B). Alors, Kiss of the Dragon
a-t-il le potentiel pour conquérir l'Amérique, voire
même le monde? Si certains éléments plaident en sa faveur,
d'autres, en revanche, laissent pour le moins dubitatif.
Contrairement
a Romeo must die, Jet Li a eu avec Kiss
of the Dragon les coudées franches, amenant
avec lui son fidèle complice Corey Yuen (réalisateur
de Fong Sai Yuk I & II) pour chorégraphier
les scènes de combat. Dépourvus de toute fantaisie (non,
on ne voit pas Jet Li voler comme dans Once upon
a time in China), ceux-ci constituent l'essentiel
(quoi de plus normal dans un film de Jet Li) de l'action
du film, avec un final comme de bien entendu homérique,
sans oublier un hommage (?) a Fist of Fury-La
Fureur de vaincre.

Mais se déroulant
a Paris de nos jours, Kiss of the Dragon
se présente sous les apparences d'un film d'action,
ce qui lui évite l'handicapant catalogage "film
de kung-fu". Et même si Besson n'est que producteur,
la patte de ce dernier se fait tout de même sentir,
notamment dans la scène d'introduction qui fait inévitablement
penser a Nikita.
Interprétant
un personnage (Liu Jian) qui tient plus du super-héros
que du super flic, Jet Li a manifestement bien progresse
en anglais. On regrettera pourtant sa composition quelque
peu inexpressive et monolithique. Lui faisant jouer
un personnage dénué de tout humour et de chaleur humaine,
Besson et ses acolytes semblent avoir oublier que Jet
Li n'est pas juste un artiste martial, mais également
un acteur accompli.
Dans le rôle
du méchant, Tcheky Karyo (Jean-Pierre Richard) semble
prendre un malin plaisir a en faire des tonnes. Au final,
son personnage est tellement cruel et ignoble qu'il
en perd toute crédibilité. De la même façon, ses exactions
en plein cour de Paris sont totalement irréalistes.

Quant a Bridget
Fonda, elle joue le conventionnel role de victime. L'alchimie
entre elle et Jet Li est inexistante. Les scènes qu'ils
ont ensemble ne font en fait qu'alourdir le rythme du
film, meublant un scénario aux lacunes plutôt graves.
Alors que la
mise en scène parvient bien a mettre en valeur le style
et la rapidité de Jet Li, on pourra tout de même reprocher
a Chris Nahon une surenchère inutile, parfois même malsaine,
dans une violence qui se situe parfois a la limite du
gore. Il ne peut s'empêcher également de nous ressortir
pour la énième fois les cliches inhérents au film d'action
américain (!).
Bien
qu'il donne l'occasion pour la première fois au grand
public de découvrir le véritable Jet Li, Kiss
of the Dragon souffre malgré tout de (gros)
défauts qui devraient obliger ce dernier a patienter
encore un peu avant de devenir une grande star aux Etats-Unis
(précision: lors de son premier week-end d'exploitation
aux Etats-Unis, Kiss of the Dragon a engrange
l'honnête somme de13,6 millions $, se situant a la quatrième
place du box office).
Article
de Danguyen